Les commissaires anonymes

Aucun homme n’est une île

Aucun homme n'est une île

Intervenants invités : Grégory Jérome (sociologue), Mickaël Roy (historien de l’art), Claire Migraine (commissaire d’exposition), Alain Bernardini (artiste), Joséphine Kaeppelin (artiste), Romain Boulay (artiste et directeur de MilleFeuilles à Nantes), Samuel Rivers-Moore (graphiste et développeur), Rachel Vera Steinberg (curatrice), Jean-Damien Collin (médiateur pour Les Nouveaux Commanditaires), Gabriel Mattei (chef d’orchestre)
Frac Alsace

La résidence au Frac Alsace Aucun homme n’est une île s’est inscrite dans le cadre d’un programme d’accompagnement artistique et professionnel des artistes du Bastion 14, espace d’ateliers à Strasbourg. Pensé comme un programme de travail collectif sur un an, ponctué par différents temps forts de réunion, d’expérimentation et d’exposition, l’enjeu a été d’inventer les moyens de fédérer des intérêts communs et de construire des outils de travail partagés.

Une image romantique du travailleur solitaire, marginal, colle à peau de l’artiste. Car l’académisme promeut toujours le génie artistique quand il est l’œuvre d’un homme, de préférence en proie à la catharsis de traumatismes personnels. Car l’école d’art enseigne encore l’obligation de se différencier, la transgression positive des règles collectives et les règles du devenir auteur avec un grand « A »… Mais aussi intimes et originales que soit leurs œuvres, les artistes doivent-ils se construire les uns contre les autres ? Ne confondons-nous pas individuation, processus qui fait que l’on devient « quelqu’un » en donnant du sens à sa propre existence, et individualisme, tendance à s’affranchir de toute obligation envers les autres ? Chaque artiste tente d’inventer un langage propre à son expérience du monde, mais n’est-ce pas avant tout pour entrer en interaction avec ses tiers ?

« Aucun homme n’est une île » écrit en 1624 John Donne. Par à la figure de l’île, le poète décrit l’illusion de l’accomplissement solitaire. Même si l’atelier persiste souvent dans le rôle de l’île où l’artiste tente de s’isoler, libre et créateur, la période de crise culturelle que nous traversons nous rappelle que ne sommes pas plus « île » qu’hier. L’artiste, comme tout homme du monde, invente comment devenir ce « fragment du continent » que mentionne Donne. Seulement, la nature d’un continent du commun se doit être redéfinie perpétuellement. Au contraire de l’immuable, le commun est toujours en transformation, en recomposition.

Initiant à partir de 2015 un nouveau projet artistique dans lequel sera reposée la question du rapport à la création et à ses processus, le Frac Alsace s’associe à cette dynamique. Il ouvrait son espace d’exposition et sa collection aux Commissaires Anonymes et aux artistes du Bastion 14, pour une semaine de résidence, de rencontres et d’expérimentation autour des pratiques du commun. L’enjeu a été de générer l’élan d’une dynamique contributive favorable au partage créatif et productif d’informations, de compétences et de savoirs, donnant ainsi à chaque résident des outils pour le développement de son réseau et de ses activités professionnelles.

Ont été convié plusieurs professionnels du champs de l’art et de la culture à réfléchir sur des thématiques diverses telles que l’exercice critique de la conversation, l’identité d’une scène régionale, l’expérience de résidences à l’étranger, les outils de partage de savoirs et savoir-faire digitaux, les modèles d’organisations associatifs et autogérés, etc… Les œuvres de la collection du Frac Alsace d’Atelier Van Lieshout, Bertille Bak, Alain Bernardini, Franck Bragigand et Fabien Giraud ont accompagné la résidence. La randonnée, l’exercice choral et la cuisine collective ont aussi été différents moyens d’associer temps de convivialité et expériences sensibles à la formation de la conscience du commun.

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