Les commissaires anonymes

ELDORADO MAXIMUM

ELDORADO MAXIMUM

Etienne Boulanger, Bureau d’études, Exyzt, Léo Delafontaine, Alain Della Negra & Kaori Kinoshita, Julia Moroge, Jean-Sébastien Tacher et Léa Troulard
Hall des Chars

ELDORADO MAXIMUM aborde les représentations contemporaines de l’eldorado par les artistes, dans le but d’établir une redéfinition des quêtes initiatiques d’idéaux et d’identifier comment des fictions peuvent nourrir nos manières d’aborder la réalité.
Le terme « eldorado » utilisé chaque jour dans les titres de presse, connote aujourd’hui l’argent et le lieu de sa concentration éphémère. Pourvu pourtant d’une histoire ancienne touchant de nombreux groupes humains à différentes époques, ce mythe fondé d’aventures mi-rêvées mi-réelles, met en évidence la surenchère de fantasme, de richesse et de conquête de notre société tout en suggérant comment ces concepts sont sources de l’invention de nouveaux modèles de vie.

vue de l'exposition, © Claire Audhuy vue de l’exposition, © Claire Audhuy -

Sélection de titres de presse contenant le terme « eldorado », © Claire Audhuy Sélection de titres de presse contenant le terme « eldorado », © Claire Audhuy -

Eldorado, collection de bijoux, Julia Moroge, © Alex Flores Eldorado, collection de bijoux, Julia Moroge, © Alex Flores -

Mythes d’ailleurs et d’ici

Quelque part, dans la grande forêt, au lac de Guatavita, en Colombie, les Indiens chibchas pratiquent chaque année une cérémonie qui excite les imaginations et aiguise les appétits : couvert de poudre d’or, le monarque s’immerge dans le lac tandis que ses sujets y jettent des trésors pour honorer le dieu Soleil.

A l’écoute d’un tel récit, explorateurs et conquistadors du monde entier se donnèrent les moyens d’accéder à cette cité d’or. Que s’imaginaient-ils ? Si la quête de l’Eldorado amène à la conquête d’un territoire, elle semble être avant tout poussée par la concrétisation d’un rêve et la poursuite d’un espoir. Aujourd’hui, l’épopée des conquistadors est bien lointaine et l’or vient à manquer. La richesse n’est plus dorée. Elle n’a plus de lieu, elle est diffuse, parfois virtuelle. Des dizaines de gens traversent la mer Méditerranée, prêts à tout reconstruire de l’autre côté. A quoi ressemble l’Eldorado qui se dessine dans leur tête ? De notre côté, l’Eldorado c’est un cinéma à Dijon, une discothèque à Agen, un bar à Cherbourg… Et si cette appellation n’était ni un leurre pathétique, ni une blague de comptoir, mais l’horizon d’une vie trépidante ? Et si le fantasme de l’Eldorado était une force intime d’imagination qui pousse à réagir à aux situations insatisfaisantes ?

Les entreprises nourries de cette fantaisie sont souvent aussi constructives que destructives, aussi violentes qu’intenses, aussi contradictoires que rationnelles, mais cette quête de l’Eldorado résident dans des convictions de résistance et des tactiques d’oppositions à la morosité. En effet, les lieux qu’elle engendre s’opposent à ceux qui les entourent, les idées et les pratiques qu’elle suggère sont intempestives.

Inspirations hétérotopiques

« Sans doute ces cités, ces continents, ces planètes sont-ils nés, comme on dit, dans la tête des hommes, ou à vrai dire, dans l’interstice de leurs mots, dans l’épaisseur de leurs récits, ou encore dans le lieu sans lieu de leurs rêves, dans le vide de leurs cœur ; bref, c’est la douceur des utopies. Pourtant je crois qu’il y a – et ceci dans toute société - des utopies qui ont un lieu précis et réel, un lieu qu’on peut situer sur une carte ; des utopies qui ont un temps déterminé, un temps qu’on peut fixer et mesurer selon le calendrier de tous les jours. »

En 1967, dans son texte Des espaces autres, Hétérotopies, Michel Foucault définit les hétérotopies comme des « contre-espaces », des « utopies localisées », des « espèces de contestations à la fois mythiques et réelles de l’espace où nous vivons ». Le voyage de noce, le hammam des femmes, le cirque de campagne et bien d’autres encore étaient pour Foucault des hétérotopies. Failles symptomatiques dans le système surdéterminé des espaces de pouvoir, ces lieux-moments restent difficilement identifiables pour ceux qui n’y prennent pas part. Et justement parce qu’ils concernent de très petites entités d’hommes chaque fois et sont en évolution constante jusqu’au moment de leur disparition, ils ne s’imposent à personnes. Intiment liés à l’imagination de ses acteurs, ils n’existent pas médiatiquement sous forme d’images simplistes mais plus souvent par les légendes et de rumeurs. Cette dimension vaporeuse entre le rêve et la réalité est symptomatique de l’hétérotopie.
Chaque pièces et installations peuvent-être envisagées comme des « outils » pour la construction de l’avenir. Eldorado maximum est pas un mode d’emploi : son but est d’inspirer nos utopies personnelles. Cette interdépendance d’une activité mentale touchant à l’irrationnelle et la tentative de sa concrétisation réelle sont précisément ce que nous souhaitons mettre en valeur pour cette exposition.

« Les voyages nécessaires sont ceux qui restent à faire. » dit Paul Virilio.

On pourrait dire pareil des eldorados ; l’important n’est pas de tous les réaliser mais de continuer à les inventer. Nous faisons le pari que les eldorados contemporains sont de petites utopies qui trouvent leurs lieux dans chacune de nos villes et prendrons la place que nous voulons bien leur donner. Cherchons les trésors à proximité. Tous les fantasmes sont de mise pour les inventer, toutes les ruses requises pour les fomenter.

Single Room Hotel, Etienne Boulanger, © Les commissaires anonymes
Micronations, Léo Delafontaine, 2012, © Les commissaires anonymes
Micronations, Léo Delafontaine, 2012, © Les commissaires anonymes
vernissage de l'exposition, © Claire Audhuy
Shields, Etienne Boulanger, © Alex Flores
Bénitier, Collection Eldorado, Julia Moroge, © Alex Flores
Sélection de titres de presse contenant le terme « eldorado », © Alex Flores
Hallaluya, Jean-sébastien Tacher, © Alex Flores
inclure/foot