Les commissaires anonymes

ELDORADO MAXIMUM

ELDORADO MAXIMUM

Quinze histoires et aventures artistiques qui transforment nos représentations de l’ailleurs, de l’argent et de l’avenir
Suite à l’exposition ELDORADO MAXIMUM, Les commissaires anonymes ont étendu leur recherche sur les représentations et les formulations artistiques des projections fantasmées d’un avenir meilleur. Grâce à une bourse de la fondation Christophe Merian/Atelier Mondiale (Basel), Les commissaires anonymes réalisent une résidence à Bruxelles pour la réalisation de leur premier livre : ELDORADO MAXIMUM, nouvelle typologie de l’eldorado contemporain.

Extraits du texte introductif :

10.09.2014

En 2014, Les commissaires anonymes s’installaient à Bruxelles. Les frontières de l’espace Schengen grandes ouvertes, il nous suffit alors d’un camion et de motivation pour faire de cet ailleurs notre futur « chez nous ». Nous ne sommes de loin pas les premières immigrées françaises de Belgique. Ces dernières années, tant d’artistes que de rentiers font le choix de déménager ; si quelques-uns pensent y trouver plus de liberté pour créer, d’autres veulent échapper aux nouvelles taxes imposées. La capitale belge serait-elle devenue un eldorado ? Ces migrations simultanées de deux groupes sociaux si divergents pour une même destination sont le point de départ de ce travail de redéfinition du mythe de l’avenir doré : quelles idées de l’ailleurs poussent-elles à quitter ce que l’on a ? Quelles projections dans l’avenir animent ce départ ? Quels attraits de la richesse incitent-ils à vouloir ce changement ?

Cécile Roche Boutin et moi avons respectivement quitté Paris et Strasbourg pour des raisons prix de loyer et d’emplois mals payés. Mais pas seulement. Si l’or est le motif de l’eldorado, nous faisons l’hypothèse qu’il n’a jamais été l’unique moteur dans la quête d’un avenir meilleur. Le capitalisme s’est emparé de cette légende comme représentation fondatrice pour n’en conserver que l’image spectrale de l’abondance de biens et de la jouissance facile. « Dubaï, nouvel eldorado des collectionneurs », titre le journal Le Monde le 23 mars 2013, « Le Nigeria, le nouvel eldorado du champagne » interpelle le journal local ardennais L’union en mai 2013. N’ayant aucun capital financier à faire fructifier, nous ne nous reconnaissons pas dans ces formulations médiatiques. La définition même du mythe éloigne les commissaires anonymes des exilés fiscaux. (...)

12.09.2014

Une plage de cocotiers, l’autre côté d’une frontière murée ou un modèle alternatif de société, qu’inventons-nous pour y arriver ? L’image de l’eldorado crée l’adrénaline ; elle s’incarne en tout individu en quête de changement. Notre travail de commissaires nous amène aujourd’hui à rencontrer des artistes et des acteurs culturels porteurs de cette énergie, à entrer dans leurs récits et partager leurs aventures. L’idéalisme, la poésie et l’engagement de leurs initiatives ne fournissent pas l’or nécessaire à résoudre les dysfonctionnements de l’économie mondiale, mais la quête qui les anime invite à rafraîchir nos représentations éculées de l’ailleurs, de l’argent et de l’avenir au profit de nouveaux modèles de vie. (...)

06.04.2015

Gilles Deleuze a aussi campé un territoire avec son abécédaire. Pour D, il discourt sur le désir, et pour R sur la Résistance. Il aborde la Révolution à la lettre G, avec la Gauche, car la révolution dont il parle ne porte pas de grand R, elle se dissimule dans les mots. Des mots « à la con » comme le dirait Jean-Charles Masséra, des mots de l’imagination, des mots que l’on utilise précisément quand « il n’y a aucune autre issue pour l’homme que de devenir Révolution »[1]. Ce qui prime, semble-t-il dire, n’est pas tant l’aboutissement global du renversement que la création d’existences singulières.(...)

07.04.2015

La quête de l’Eldorado est elle aussi une histoire tragique : l’attrait de l’or aura mené à la perte de nombreuses âmes pleines d’illusions d’un avenir meilleur. Elle représente l’appât du gain et de la propriété qui motive le capitalisme. Mais ce qui nous importe aujourd’hui, c’est le dessein de ces territoires abstraits et immédiats qui fondent notre du désir de la transformation. L’eldorado doit rester un espace précaire, sans promesse de sécurité, de frontière ou d’absolu pour une richesse réelle. Un « devenir eldorado » ? (...)

(...) 10.04.2015

« Nous ne devons pas avoir peur de l’austérité, mais plutôt l’embrasser. Dans l’austérité, nous rencontrerons la résignation. Mais dans l’austérité, nous nous rencontrerons les uns les autres. »
Dans la vidéo The beauty of austerity, les artistes Guido Giglio et Hannes Bernard mettent en tension le terme d’austérité qui n’aura cessé de conditionner la société occidentale dans une attitude de restriction et de soumission. D’origines brésilienne et sud-africaine, ces deux artistes nous mettent en garde sur l’ambiguïté de ce concept occidental qui mortifie les corps et les esprits au profit de l’économie capitaliste. Considérons une sobriété émancipatrice et créative, suggère leur œuvre. Que la quête de l’eldorado contemporain reste une attitude de résistance au désenchantement, une tactique d’oppositions à la morosité et puisse ainsi générer des désirs multiples de la métamorphose du monde.(...)

Avec des propositions des artistes :
Albertine Meunier, Alain della Negra & Kaori Kinoshita, Bureau d’études , Etienne Boulanger, le collectif Exyzt, Grégoire Motte, Guillaume Barth, Hannes Bernard & Guido Giglio, Hôtel Charleroi, Jean-Charles Massera, Joseph Popper, Léo Delafontaine, Le Parti Poétique, Ne pas plier, le collectif Saint Machine.

Ce livre a été designé par le studio de graphisme Ultragramme, imprimé en Risographie et façonné manuellement par l’atelier Papier Machine.

Ce livre a été réalisé grâce à une bourse de recherche de l’Atelier Mondial de la Fondation Christophe Merian, de la bourse de soutien aux anciens étudiants de l’HEAR et de la Région Alsace.






inclure/foot