Les commissaires anonymes

THE BEAUTY OF AUSTERITY

THE BEAUTY OF AUSTERITY

Hannes Bernard & Guido Giglio
POPPOSITIONS

L’installation The Beauty of Austerity est composée d’une vidéo de Guido Giglio et d’un journal d’Hannes Bernard portant toutes deux sur la production des richesses occidentales et les effets sa restriction. Respectivement originaires du Brésil et d’Afrique du Sud, les artistes usent de cynisme et de séduction, de provocation et d’optimisme pour mettre en doute le concept ambigu de l’austérité.

The End Times, édition, Hannes Bernard,impression offset, 2012, © SulSolSal The End Times, édition, Hannes Bernard,impression offset, 2012, © SulSolSal -

La misère pourrait-elle constituer une issue créative pour le renouvellement de la culture occidentale ?

Le film The Beauty of Austerity de Guido Giglio manipule, par l’agencement d’extraits vidéos artistiques et documentaires collectés, les différentes définitions et esthétiques de l’austérité utilisées au cours du vingtième siècle. Dans son journal The End Times, Hannes Bernard décrit diverses situations au Cape où la précarité, loin d’une représentation paralysante de l’austérité, devient force de détournements tactiques en vertu de modèles économiques et culturels alternatifs. L’installation The Beauty of Austerity met en tension notre conscience collective de la crise en Europe en regard de l’état d’esprit du Tiers Monde. Le dénuement pourrait-il constituer une issue créative pour le renouvellement de la culture occidentale ?

Les deux pièces sont présentées dans une cabane de fortune, inspirée des petits bars clandestins des villes d’Afrique du Sud. Construits le plus souvent illégalement par ceux qui en prennent l’initiative, ces espaces permettent un partage singulier de l’espace public. Dans le texte People as infrastructure, le sociologue et urbaniste AbdoulMaliq Simone utilise l’exemple de Johannesbourg pour mettre en valeur une forme inédite de collaboration économique entre des habitants, à priori pourtant en marge de la vie urbaine. « Bien qu’étant l’une des zones les plus urbanisées d’Afrique, elle est également considérée comme un lieu de ruine - l’urbanisation ruinée, l’Afrique ruinée par l’urbanisation. Mais dans ces ruines, quelque chose au delà de la décadence peut se produire. Il est possible que ces ruines ne constituent pas seulement un masque mais aussi une infrastructure sociale fortement urbanisée. Cette infrastructure est capable de faciliter le croisement de socialités et ainsi élargis, ces espaces de coopération économique et culturelle deviennent disponibles pour les résidents aux moyens limités. » Intersecting Fragments in Johannesburg, AbdouMaliq Simone

La vie peut surgir de la ruine. The Beauty of Austerity est un outil critique et constructif pour prendre du recul sur les obsessions de la crise des pays occidentaux. Derrière les manipulations politiques et médiatiques autour de la restriction et du renoncement, il demeure une beauté ambivalente : entre fascination cynique de la répression et la dimension poétique de l’essentialité naît la beauté de l’austérité. « Un spectre hante l’Europe » disent les deux artistes. Notre XXè siècle serait construit et détruit cycliquement par la peur de ne pas rester au sommet de la prospérité... « Ne craignons plus l’austérité, embrassons la » déclare la voix off du film. Belle image, mais comment accepter de perdre notre dépendance culturelle au mythe de la supériorité ? « Lick my favela ! » (lèche ma favela !) suggère la chanson.

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